Vincent Pignon, WeCan Group: «La blockchain va alléger le quotidien des gérants»

Wecan Comply, est une plateforme destinée à fluidifier les partages de données entre gérants indépendants et banques dépositaires. D’un côté, elle permet aux gérants indépendants de simplifier leurs procédures de compliance avec leurs banques dépositaires. De l’autre, elle améliore la qualité des données de compliance pour les banques, tout en réduisant le temps investi à récolter ces données.
Elle préfigure ainsi la nouvelle génération d’outils digitaux que les GFI emploieront demain.

 

De quelle manière les gérants indépendants seront-ils en mesure d’exploiter demain les possibilités de la blockchain?
Vincent Pignon: Avec la blockchain, nous entrons dans le monde de la digitalisation poussée à l’extrême. À terme, les gérants y auront recours à plusieurs niveaux dans la chaîne de valeur, que ce soit dans l’onboarding, dans le reporting ou dans les partages de données avec les banques dépositaires. La blockchain va permettre aux gérants indépendants de mettre en place des modes opératoires beaucoup plus fiables, fluides et sécurisés, tant sur la partie du back-office que du front office.
Ils pourront ainsi se connecter et échanger plus facilement avec leurs clients comme avec leurs prestataires. Les interventions manuelles seront considérablement réduites, car la blockchain aura permis de digitaliser et d’alléger la gestion de l’information devenue aujourd’hui un goulot d’étranglement en raison de sa complexité. La blockchain les soulagera en grande partie de ce fardeau.
Ajoutons que ce projet est l’une des premières applications de la blockchain hors crypto monnaies. Le monde de la gestion de fortune est en pleine mutation et la blockchain en constitue l’un des accélérateurs!


Dans cette chaîne de valeur, sur quelles fonctions vous concentrez-vous aujourd’hui avec Wecan?
Au début, nous pensions qu’il fallait commencer par travailler côté front office, sur l’onboarding et les partages de données entre gérants et clients. Mais nous nous sommes vite rendu compte que nous devions d’abord fluidifier les partages de données entre les gérants et les banques dépositaires, où les échanges sont d’autant plus complexes que les uns et les autres opèrent sur des systèmes différents. Nous avons donc pris le parti de commencer avec la brique Wecan Comply.


Qui consiste en quoi exactement?
Il s’agit principalement d’une plateforme qui va faciliter les flux de données entre les gérants indépendants et leurs banques dépositaires. Notre système évitera aux gérants de répéter la procédure de compliance avec chacune de ses banques. Désormais, ils pourront choisir de partager un “set de données standardisées” avec toutes leurs banques. Ces dernières n’auront plus besoin de demander des mises à jour des données à chacun des gérants avec qui travaillent. Les données de leurs gérants leur seront transmises automatiquement et elles auront toujours accès à la version la plus récente de ces données.
Ce ne sera pas disponible dans l’immédiat, mais nous allons très bientôt relier la plateforme Wecan Comply aux registres officiels, comme le registre du commerce, le registre fiscal, l’office des poursuites, le registre foncier ou encore l’état-civil. Le gérant pourra ainsi faire en sorte que ses banques dépositaires aient un accès direct à toutes sortes de documents officiels, sans plus avoir à s’embarrasser de leur collecte et de leur traitement. En sautant ces étapes de vérification, ils pourront gagner du temps tout en limitant les risques de fraude.


Quelle a été pour vous la partie la plus difficile à gérer dans le développement de Wecan Comply?
Pour que tous ces documents et données puissent être partagés, il a d’abord fallu définir des standards acceptables pour les gérants comme pour les banques. La définition de ces standards a représenté un travail important qui a duré douze mois. Mais, au final, ils ont été validés par les banques. A terme, tous ceux qui se connecteront sur la plateforme Wecan Comply emploieront les mêmes standards, quels que soient les systèmes sur lesquels ils opèrent.
Ces standards étaient vraiment un point essentiel.


À propos de participants, où en êtes-vous? Combien de banques et de gestionnaires ont déjà rejoint la plateforme?
D’ici la fin de l’année, notre plateforme va accueillir une dizaine de banques et une cinquantaine de gestionnaires mais, du fait de l’intérêt croissant des acteurs, du grand nombre de demandes que nous recevons chaque semaine, nous risquons d’être victimes de notre succès et de devoir en accueillir un nombre bien plus important!
Nous avons déjà sous contrat des acteurs majeurs comme les banques Pictet, Edmond de Rothschild ou Hyposwiss. Du coté des gérants indépendants, nous avons conclu un accord avec l’Alliance des gérants de fortune suisses, Capitalium, GMG, Stanhope Capital, pour n’en citer que quelques-uns. D’autres acteurs majeurs seront annoncés d’ici la fin de l’année.


Avez-vous une idée de ce que les gérants vont économiser en s’installant sur la plateforme?
C’est difficile à chiffrer, car tout dépend de la taille de la structure, des systèmes qu’elle utilise et du nombre de banques dépositaires avec lesquelles elle travaille. Ce qui est certain, c’est que nous allons les aider à économiser beaucoup d’argent et surtout beaucoup de temps. Ils n’auront plus à manipuler les documents à chaque actualisation. Tout sera réalisé automatiquement.
Par ailleurs, cela facilitera également le contrôle des auditeurs dont on sait qu’il est appelé à devenir plus strict, plus rigoureux. Avec l’accès à Wecan Comply, les audits se dérouleront de manière quasiment automatisée.


Combien coûte l’adhésion à Wecan Comply?

Nous partons sur un modèle de licence annuelle. Pour les gérants indépendants, elle variera généralement entre 1’000 et 6’000 francs. Pour les banques dépositaires, tout dépendra du nombre de gérants avec lesquels elles travaillent.


Pour revenir sur Wecan,
pourquoi avez-vous choisi de vous lancer ainsi dans la technologie blockchain?
C’est la suite logique de mon parcours académique. J’ai travaillé dans la finance pendant que je préparais mon doctorat, avant de créer des entreprises aux États-Unis, puis en Europe et d’enseigner à la haute Ecole de Gestion de Genève où j’ai effectué en parallèle des travaux de recherche. Dans le cadre de ces travaux, j’ai pu me rendre compte du potentiel des applications blockchain dans certains secteurs comme la finance. Et finalement, j’ai créé une startup à partir du « laboratoire » que j’avais initié à la HEG. Nous étions en 2015 et c’était peut-être un peu tôt mais aujourd’hui, avec l’évolution de la réglementation, le caractère plus mature de la technologie et l’avènement du digital, les circonstances nous sont très favorables.


Pourquoi avoir choisi de travailler sur la blockchain en zappant les crypto-monnaies?
Nous voulions éviter les incertitudes liées aux aspects règlementaires. Sur ce point, nous n’avions pas assez de visibilité. Ensuite, nous avions davantage envie de nous intéresser à la technologie qu’à ses éventuels produits. C’est le côté mécanique qui nous intéressait en premier lieu et nous pensions qu’il était plus intéressant de développer des logiciels qui exploitent la blockchain, dans une logique plutôt axée sur le B2B. C’est ainsi que nous avons lancé Wecan Comply et que nous avançons en ce moment sur Wecan Tokenize.


Que voulez-vous accomplir avec Wecan Tokenize?
De manière générale, nous voulons exploiter les possibilités qu’offre la blockchain pour proposer de nouvelles solutions orientées aussi bien sur le back office que sur le front office, qui sont en quelque sorte aujourd’hui le pile et le face de la fintech. Avec Wecan Tokenize, nous nous positionnons donc sur le front office en facilitant le développement de nouveaux types d’investissement. Nous intervenons dans le cadre de la tokenisation d’actifs illiquides qui ne rentrent pas à ce jour dans les encours des banques ou des gérants de fortune. Il s’agit entre autres d’immobilier, de private equity, d’œuvres d’art, etc. En les transformant en jetons numériques, la blockchain permet au final d’élargir ces classes d’actifs à de nouveaux investisseurs et de les intégrer plus facilement dans la gestion des portefeuilles. La question de la tokenisation n’est plus de savoir si ça va arriver, mais quand. D’après une étude du World Economic Forum, le quart des actifs aujourd’hui répertoriés dans le monde devraient être enregistrés dans la blockchain d’ici 2025. Et d’ici 2050, ce sera plus de la moitié. En termes de masse monétaire, cela représente bien évidemment des quantités colossales. Pour les marchés financiers en général, il s’agit d’un tournant majeur et nous sommes très heureux d’appartenir à ceux qui ouvrent la voie en ce moment même.

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